177- Une vie de bohème / Annick

Lui qu’avait toujours la bougeotte,
Menait une vie peu rigolote,
Un jour a cassé sa cagnotte
Et s’est ach’té jolie roulotte.
.
Sur les routes mène sa p’tite roulotte.
Trouve un endroit où l’eau clapote.
C’t’endroit pour lui s’ra le jackpot,
Même si fait froid, a l’antidote.
.
Il peut y vivre, danser le fox-trot,
Sur feu d’bois, cuire des papillotes,
Grignoter quelques bergamotes…
Plus rien n’le gêne, toujours sifflote.
.
Son doux amour près d’lui tricote.
Le chat joue avec une pelote.
Leur Petit Bout dans l’eau barbote.
De sa vie est dev’nu l’pilote.
.
Alors à l’oreille vous chuchote
Que si des chaînes vous emmenottent,
Suffit parfois d’un peu d’jugeote
Pour qu’dans l’air parfum d’ bonheur flotte.

177 – Sur un air de Charles Trenet /Vegas sur Sarthe

Aux environs des années cinquante
Lorsqu’on redécouvrait l’hippomobile
Une hippo-stoppeuse souriante
Guettait un providentiel coupe-file
en chantonnant cet air connu :

Je t’attendrai à l’aire de covoiturage
Tu paraîtras dans ta superbe hippo
Il fera nuit, mais avec le péage
On pourra voir jusqu’au flanc du coteau
Nous partirons sur la route de Narbonne
Toute la nuit le cheval crottera
Et derrière nous direction Carcassonne
Un gros bouchon klaxonnera
Customisée à la manouche
Ta roulotte au teint chatoyant
Fera dire aux gens, la voyant
Passons notre chemin… pas touche !
Pied au plancher de ta roulotte
Tu cabreras le percheron
qui trottera des paturons
une vraie course à l’échalote

A ce furieux train-train d’enfer
Pour qu’il survive priant l’essieu
Les roues de bois cerclées de fer
Lanceront des éclairs aux cieux

Le lendemain ces randonnées
Nous conduiront à Montauban

Suivis d’une horde effrénée
Qui nous traitera de talibans !
Pour terminer ce délire de poète
Et pour fêter ce retour au passé
D’aucuns nous suivront à bicyclette
En freinant bien pour ne pas nous dépasser
En freinant bien pour ne pas nous dépasser

Aux dernières nouvelles l’hippo-stoppeuse – moins souriante – attend
toujours

177 – Sur les routes – J.Libert

Cet insolite équipage chemine , à son rythme, sur les routes du bord de mer.
C’est l’été, un ciel tout bleu se confond avec une mer tranquille sur laquelle souffle un léger vent iodé.
Le soleil brille dans un azur purifié, ne ménage pas sa chaleur et met en valeur les deux roulottes hardiment colorées, montées, chacune, sur leurs quatre roues. Des chevaux à la robe dorée, solidement harnachés pour entraîner un attelage nomade, sillonnent, pas à pas, les routes de campagne ou les artères
qui longent la côte.
Sylvio, assis à l’avant de la première roulotte, tient les rênes de main de maître et donne le tempo tandis
que sa sœur Anita ouvre la marche, s’émerveille de ce nouveau paysage. A quelques pas, Ficelle, leur chien noir, compagnon de tous les instants, jappe de plaisir de se dégourdir les pattes.
Derrière ce lent défilé ensoleillé, bariolé, les véhicules forment une longue file à la queue leu leu, patiente et amusée.
Depuis plusieurs années, maintenant, quand vient l’été, le frère et la sœur partent à l’aventure, sur les chemins de France. Tel l’escargot, ils emportent leur maison sur leur dos, s’arrêtent quand ils le souhaitent. Généralement bien accueillis par les mairies, les habitants, les touristes, ils s’efforcent de les distraire avec des tours de magie, du mime, du contorsionnisme. Leur but premier reste cependant la découverte des plus beaux paysages, sans attache et sans chaîne. Encore très jeunes, ils se proposent de
partir à l’étranger pour un prochain périple.

177- Eloge de la lenteur/Fredaine

Tout lâcher pour enfin revenir à l’essentiel, elle en rêvait. Abandonner ce rythme de dingue qu’elle avait pour se reconnecter à elle-même, à ses valeurs, à ses envies. Se retrouver seule à son âge, qui plus est à la retraite, c’était maintenant ou jamais. Les paroles d’une femme qu’elle avait connue il y a quelques années, une gitane, lui revenaient en mémoire. Un lendemain d’orage où elle lui avait demandé si la nuit n’avait pas été trop dure, la femme lui avait répondu, « tant que tu n’as pas vécu une nuit d’orage dans une caravane, tu n’as rien vécu ». Cette femme lui avait aussi dit un jour alors qu’elles échangeaient sur leurs modes de vie respectifs qu’elle ne saurait vivre autrement, qu’ils avaient la liberté de changer de ciel quand ils le voulaient, « et tu sais, avoir la possibilité de se réveiller chaque matin sous un ciel différent, ça n’a pas de prix. Je me sentirais prisonnière dans une maison ou un appartement ».


Alors voilà, ça durerait le temps que ça durerait, une semaine, un mois, peut-être plus, mais elle l’avait fait et peu lui importait le bruit des klaxons, elle était heureuse et se sentait enfin libre.

(Précision : je n’ai pas franchi le pas, mais la gitane était une mère d’élève rencontrée il y a une dizaine d’année et ses paroles nous les avons vraiment échangées. La maman d’Avril était une femme formidable)

177 – Retour à la nature / Tarval

Chaque départ en vacance est une aventure,
Choisir sa destination, décider du type d’hébergement,
Et faire plaisir à toute la famille.
Mais le vrai dépaysement c’est de vivre au plus près de la nature,
Et c’est pourquoi les roulottes avec chevaux sont de plus en plus sollicitées,
Avancer au rythme des animaux,
S’arrêter dans un pré, près d’un lac, dans une forêt,
Et prendre le temps de vivre et de profiter des multiples paysages.
C’est la liberté tant rêvée toute l’année,
La cuisine est simple, mais les repas sont frugaux,
Les enfants peuvent jouer à leur aise,
Ils découvrent l’univers des chevaux,
Comment s’en occuper, les nourrir, les brosser,
Afin qu’ils les conduisent toujours plus loin,
Les roulottes sont en général bien équipées,
Et permettent de subvenir aux besoins du quotidien,
Mais le plus important, c’est qu’enfin on prend le temps de vivre,
Pas de contraintes, juste profité de chaque instant,
Et faire de ces vacances un moment inoubliable.

177 – Qui suis je / Ecridelle

Je marche sans moteur, et mon pouvoir indiscutable est
de savoir faire ralentir des dizaines de voitures.
Je n’ai ni feu rouge, ni barrière, ni clignotant, ni stop, mais je peux être colorée.
Je peux aussi vous créer un embouteillage monstre genre celui des vacances !
Devant moi, deux chevaux claquent leurs fers sur la chaussée tranquillement.
Parfois, ces chevaux lâchent des bouses odorantes bien grasses !
Derrière moi, les conducteurs soupirent pour certains, râlent pour beaucoup d’autres.
Je transforme une route censée être rapide
en promenade presque touristique.
Je peux vous former en un rien de temps une longue chaîne de voitures modernes tirées au ralenti par un mode de transport d’un autre siècle que dans le mien.

Qui suis-je ?

177 – Aux roulottes de la vie / Lothar

Bonne femme à la peau sombre
Qu’il est long le chemin
Aux chaînes de la vie :
Les chiens jaunes efflanqués
Et les lions opulents autour

Après ta jeunesse grandiose
L’astre de la vie
Pose ses ombres au cadran solaire

Le désert dit le couchant
Dans tes cheveux de bronze
Là où tu ne chantes pas
Là où ta jupe ne virevolte plus

Tu te souviens

De cette ribambelle d’enfants aux yeux immenses
Effarouchés
Les pull-overs,
les sarraus sales
Les tas d’ordure, la crasse informe

Tu te souviens

Puis de tes bras trop grands
À ne savoir qu’en faire
Vilain petit canard

Et un jour tu te fis belle
Tu devins princesse
Peignant tes cheveux corbeau
Telle une fleur au milieu des champs
Pleine de sang chaud et de feu
Ta voix rauque
Tes yeux d’un noir profond
Tsigane, gitane, plénitude

Douceur de la vigne
Au goût sucré des grappes

Tu jouais de la mandoline
Le soir près du feu
Tu as chanté, tu as dansé
Tu as aimé
Avec ceux qui pleurent dans leurs violons
Chemises blanches, manches plissées

Ton chez-toi c’était ta famille
Tu as vécu dans l’ailleurs
Aux endroits où il faisait bon vivre
Tu étais un éclat de miroir
Un parmi des milliers
Perdus sur la Terre

Aux roulottes…

177 – La vie de bohème / Jill Bill

C’est la vie de bohème
La vie qu’on aime
La vie sans façon
Avec en poche pas un rond
Sans chaîne
Liberté souveraine…

Pouet, pouet, pouet !!!
Tu pousses ton char eeeh Ben Hur……..

Quoi quoi quoi pépère hein……
Ne t’en déplaise, nous on roule baba cool
Ca te dépasse au jour d’aujourd’hui… !

Hippie, là tu vas franchir la ligne blanche
Toi et ta maudite roulotte, tu dépasses les bornes,
En rose bonbon
Et jaune cocu….
Voleurs de poules, va !

Ben nan, on vend notre crottin d’cheval…
Au fait, ta femme aime les belles plantes… !?

Va donc voir ailleurs si l’herbe est plus verte, hippie !

« Trotte trotte ma jument
Vole, tu as des ailes
Cours bien vite dans le vent
Ohé la vie est belle… »
Allez dépasse vieux réac, dépasse
La voix est dégagée de tout fiacre à gauche !

Compte dessus jeune hippie,
Ou t’aurais goûté de ma droite à la fin……….. !

177- Là où les chaînes se dénouent / Marie Sylvie

Je regarde ces roulottes avancer
Lentement
Sur la route
Et quelque chose en moi se soulève
Comme un souvenir ancien qui remonte à la surface.
Depuis l’enfance un rêve m’habite
Celui de briser les chaînes invisibles qui retiennent à la vie moderne
À ses obligations qui s’empilent
À ses conventions qui étouffent.

Longtemps
J’ai imaginé une existence
Où la poésie ne s’écrit pas seulement …
Elle se vit.
Une vie où l’on marche au rythme des chevaux
Où l’on écoute le vent avant de décider
Où chaque matin porte l’odeur d’un ailleurs possible.

Mais on m’a raconté de vilaines choses sur ceux qui vivent autrement.
On m’a appris à craindre ce que j’admirais
À détourner les yeux de ces routes libres
À croire que la différence était une menace.
Alors j’ai rangé mon rêve dans un coin de moi
Comme on range un trésor trop fragile pour le montrer.

Pourtant
Il n’a jamais cessé de respirer.
Il s’est fait discret
Mais il a continué à battre quelque part sous la peau.
Et aujourd’hui
En voyant cette caravane colorée avancer au bord de la mer
Je sens ce rêve se redresser
Ouvrir les bras
Réclamer sa place.

Je comprends que la liberté n’est pas toujours une destination.
Parfois
Elle commence dans la manière de regarder le monde
Dans la façon de refuser les chaînes que l’on ne voit plus
Dans le courage de rester fidèle à ce qui appelle depuis longtemps.

Je ne vis pas dans une roulotte.
Je ne suis pas partie sur les chemins
Mais je porte en moi cette part nomade
Cette part qui sait que la poésie peut être un mode de vie
Même immobile
Et chaque fois que je croise une caravane
Un cheval
Un horizon ouvert
Je sens ce rêve d’enfant se remettre à marcher
Lentement
Obstinément
Vers la lumière.

La lenteur d’un cheval rappelle alors que la liberté
marche toujours à nos côtés
et même immobile
aucun rêve n’arrête vraiment d’avancer.

sujet 177 – Coté Écrivains

La vie de Bohème – Jill bill
Aux roulottes de la vie – Lothar
Qui suis-je – Ecridelle
Sur les routes – J.Libert
Retour à la nature – Tarval
Là où les chaînes se dénouent – Marie Sylvie
Eloge de la lenteur – Fredaine
Sur un air de Charles Trenet – Vegas sur Sarthe
Les romanichels – An MaÏ
une vie de bohème – Annick
Prendre son temps – François