197 – Le pas du repenti – Marie Sylvie

Il avait longtemps cru que l’on pouvait vivre deux vies sans que l’une ne déborde sur l’autre.
Deux maisons
Deux femmes
Deux sourires.
Deux façons d’être aimé
Deux façons de mentir.
Il avait pensé que son cœur pouvait se dédoubler comme une branche qui se sépare
Sans jamais se briser.

Mais un matin tout avait craqué.

Ce n’était pas un événement spectaculaire.
Pas une dispute
Pas une découverte
Pas un éclat.
Juste un silence.
Un silence qui lui avait traversé la poitrine comme une lame froide.
Dans ce silence il avait senti une *absence
Celle de lui-même.
Il n’était plus vraiment là
Ni dans une vie
Ni dans l’autre.
Il n’était qu’un homme qui se dissipait entre deux mondes.

Alors il avait décidé de partir.

Non pas fuir
Mais quitter ce qu’il avait été.
Il avait laissé derrière lui les deux vies qu’il avait construites comme des châteaux de sable.
Il n’avait pas cherché à expliquer
Ni à se justifier.
Il savait que les mots ne répareraient rien.
Il savait que les blessures qu’il avait causées ne se refermeraient pas avec des phrases.

Il avait marché longtemps.
Pas pour s’éloigner
Mais pour se retrouver.
Chaque pas était une confession silencieuse.
Chaque respiration était une promesse qu’il se faisait à lui-même.

Il ne voulait plus être un homme double.
Il ne voulait plus porter deux vérités
Deux loyautés
Deux mensonges.
Il voulait redevenir un seul homme
Entier
Simple
Vrai.

Il avait choisi de recommencer.
Pas de reconstruire ce qu’il avait détruit
Il savait que ce serait impossible
Mais de renaître autrement.
De devenir quelqu’un qui ne ment plus
Quelqu’un qui ne se cache plus
Quelqu’un qui avance sans regarder derrière.

Il ne savait pas encore ce que serait cette nouvelle vie.
Il ne savait pas s’il serait pardonné
Ni s’il méritait de l’être.
Il ne savait pas s’il trouverait un jour quelqu’un qui accepterait l’homme qu’il deviendrait.

Mais il savait une chose :
Il avait cessé d’être deux.

Et pour la première fois depuis longtemps
Cette pensée ne lui faisait pas peur.
Elle lui faisait du bien.

Il marchait.
Il avançait.
Il renaissait.

On ne guérit jamais de l’adultère en s’excusant :
On en guérit en cessant d’être deux.

2 commentaires sur « 197 – Le pas du repenti – Marie Sylvie »

  1. Bonjour Marie Sylvie,
    J’avoue avoir été surprise par le récit inattendu de cet homme si confus qui repart sur de nouvelles bases. Peut-être cela sera-t-il plus facile en l’étonnante compagnie d’un poisson qu’il promène hors de son milieu naturel.
    Bon week-end et gros bisous

    1. Ma chère Françoise

      Merci beaucoup pour ton commentaire, il m’a touchée.
      Je voulais simplement préciser que le récit n’est pas une description de la scène visible mais une interprétation métaphorique de l’image.

      Les couples que l’on aperçoit derrière ne sont pas des spectateurs :
      Ils représentent symboliquement les deux vies parallèles de l’homme, celles de l’adultère ou de la bigamie.
      Ils incarnent ses anciennes relations, ses mensonges, ses détours.

      L’homme qui marche seul, lui, est une figure de repentir :
      Il avance vers une vie nouvelle, débarrassée de cette division intérieure.
      Et le poisson dans l’aquarium n’est pas un élément réaliste mais le symbole de sa renaissance, de ce qu’il choisit de devenir.

      J’ai donc construit ce récit comme une parabole, un chemin intérieur, plutôt qu’une scène concrète.

      Merci encore pour ta lecture attentive et ton retour.
      Bien amicalement , Marie Sylvie

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