197 -Nicodème : le poisson – J.Libert

Ce matin là, tout était calme sur le chemin forestier, hormis le chant de quelques oiseaux célébrant le début d’une matinée ensoleillée. Bientôt vint s’y mêler une sorte de grincement métallique répétitif qui n’avait rien de mélodieux et qui fit se retourner les premiers promeneurs intrigués.
Au milieu des chênes, un homme avançait à pas comptés, poussant avec précaution une carcasse de landau rouillée. À la place du berceau habituel, un aquarium imposant tenait en équilibre, rempli d’une eau légèrement agitée avec, à l’intérieur, un gros poisson couleur d’ambre de plusieurs kilos. Il tournoyait tranquillement observant le paysage à travers la vitre.


L’homme, d’une trentaine d’années, vêtu d’une veste polaire sur un short noir et d’un bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles, saluait le plus naturellement du monde ceux qui le regardaient, incrédules. Cette scène insolite, frisant l’absurde, méritait la photo tandis que le poisson, indifférent à sa soudaine notoriété, continuait d’effectuer des bulles dans son aquarium.


Cet original s’appelait : Basile et son poisson qui partageait sa vie depuis son enfance : Nicodème.


Nicodème nageait dans un bassin, au milieu du jardin, et Basile avait remarqué qu’au retour de ses promenades, après une heure d’absence, Nicodème s’immobilisait pendant de longues minutes, l’œil grand ouvert, comme désirant aspirer l’horizon. C’est ainsi que lui était venu l’idée du « poisson landau » Ce dimanche là, la promenade en forêt prenait une tournure particulière. En s’enfonçant sous les arbres, le soleil filtrait à travers les feuilles et Nicodème, hypnotisé par la voûte végétale, ondulait doucement pour suivre du regard le vol d’un rouge gorge.


Quand le soleil commença à décliner, Basile salua les promeneurs, déverrouilla les freins rouillés et prit le chemin du retour sous les yeux médusés de quelques citadins amusés qui le suivirent encore longtemps du regard.

Un commentaire sur « 197 -Nicodème : le poisson – J.Libert »

  1. Bravo pour ce récit emprunt de poésie.
    Je vois que nous avons tous plus ou moins été inspirés de la même façon par cette image originale.
    Les noms des personnages changent mais l’histoire est la même : celle d’une amitié qui dépasse les obstacles.
    Bon week-end !

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