199 – Les petites culottes au fil du temps – J.Libert

Dans les temps anciens, aux alentours des années 1900, quand Louisette se promenait avec sa grand-mère Pauline, il lui arrivait de voir celle ci faire pipi debout sans mouiller ses dessous. Et pour cause ! Ses culottes, fendues à l’entre jambes, ne l’obligeaient pas à se baisser pour se soulager. Ses caleçons, en lin blanc, jusqu’aux genoux, fendus pour la commodité, s’allégèrent, au fil du temps ; le coton remplaça le lin rehaussé par une dentelle de Calais. Sur le fil à linge, quand le vent s’y engouffrait, les jambes se gonflaient. On pouvait imaginer la voilure d’un navire en partance. La pudeur exigeait des dessous couvrants ; pas question de montrer un centimètre de peau dont on voulait aussi conserver la blancheur.


Quelques décennies passèrent. Sur le fil à linge, dans les années 40-45 et surtout après la guerre, l’émancipation pointa le bout de son nez. Micheline, la petite fille de Louisette, suspendit sur le fil un modèle de culotte nettement raccourci. Restriction oblige ! Mais la culotte en coton, plus douce, couvrait toujours sagement les hanches jusqu’à la taille,
d’autant que la gaine élastiquée enveloppait et dissimulait encore les formes trop généreuses.


C’est à la fin des années 70, début 80 qu’eut lieu le véritable choc thermique. Après le soleil cuisant de l’année 76, le tissu se mit à fondre. Le polyester remplaça le coton souvent dans des tons flashy et la fille de Micheline porta avec fierté et audace son premier « bikini ».


Au début des années 2000, le réchauffement climatique ôta définitivement tous les complexes. Sur le fil à linge, le bikini, pourtant en matière synthétique, se rétracta dangereusement. La culotte se mua en « string » : simple triangle de tissu retenu par un élastique ou une ficelle presque invisible.

Aujourd’hui, en septembre 2026, la pelouse est grillée. Les températures sont tropicales. Sur le fil à linge, un minuscule timbre poste en micro fibre ultra légère. Difficile de le maintenir avec une pince à linge. Jamais plus, on oserait dire : « Cachez ces fesses que je ne saurais voir ! »…sauf, si le vent tournait !

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