La DS avançait comme un souffle sur les routes de la Sarthe.
Chaque matin
Elle quittait Ligron
Glissant entre les haies
Les champs encore bleus de rosée
Pour rejoindre Le Mans.
Mon oncle Daniel y faisait son trajet professionnel
Une centaine de kilomètres par jour
Sans jamais se plaindre :
C’était ainsi
C’était le mouvement naturel de la vie.
La DS ne roulait pas :
Elle flottait.
Elle avalait les kilomètres comme si la route était un tapis déroulé juste pour elle.
À cette époque
La voiture n’était pas une extension de soi
Ni un refuge
Ni un caprice.
Elle était un outil
Un compagnon de travail
Un trait d’union entre la maison et le métier.
On ne lui demandait pas d’être un symbole
Encore moins une preuve sociale.
Elle servait simplement.
Elle accompagnait les hommes dans leurs métiers
Leurs trajets
Leurs responsabilités.
Le week-end
On la laissait se reposer sous le tilleul
Les pneus encore tièdes de la semaine.
Et nous
On prenait le train pour les vacances.
La France était si belle que l’on n’imaginait pas franchir ses frontières.
On se contentait de la regarder
De la traverser doucement
De la respirer.
Les gares étaient des promesses
Les rails des lignes de vie
Les départs des fêtes silencieuses.
Aujourd’hui
Je suis catastrophée de voir les voitures partout
Tout le temps.
Les trajets scolaires malgré la carte scolaire
Comme si marcher était devenu une punition.
Les grands modèles
Parfois luxueux
En vrac devant France Emploi
Moteurs encore chauds pour venir pointer une demande d’emploi.
Les parkings saturés devant des commerces pourtant accessibles en bus ou en tramway.
La voiture n’est plus un outil :
Elle est devenue une habitude
Une armure
Une fuite.
On roule pour éviter de penser
Pour éviter de voir
Pour éviter de sentir.
On roule pour ne pas être en retard à soi-même.
La DS
Elle
Appartenait à un autre monde.
Un monde où l’on savait encore prendre le *départ intelligemment
Où l’on roulait pour une raison
Où l’on roulait pour vivre
Et non pour s’enfermer.
Elle portait en elle une élégance tranquille
Une manière de dire :
《 Je t’emmène …
Mais seulement si tu sais où tu vas. 》
Je revois mon oncle Daniel
Sa main posée sur le volant
Son regard droit devant.
Il ne roulait pas vite.
Il roulait juste.
Il roulait pour travailler
Pour nourrir sa famille
Pour tenir sa place dans le monde.
La DS était son bureau du matin
Son refuge du soir
Son silence entre deux journées.
Elle connaissait chaque virage
Chaque bosse
Chaque odeur de terre mouillée.
Elle était fidèle
Presque vivante.
Et moi
Aujourd’hui
Je regarde les voitures modernes comme des bêtes impatientes.
Elles ne savent plus attendre.
Elles ne savent plus se taire.
Elles ne savent plus ce qu’est une destination qui a du sens.
La DS elle savait.
Elle savait tout cela.
Elle savait l’époque où l’on roulait autrement.

Bonjour Marie Sylvie,
Il y a comme un goût de nostalgie dans ce texte.
Il est vrai que la DS était un véritable symbole de cette époque où les gens savaient apprécier ce que représentaient les vacances et l’art de prendre la route pour découvrir les paysages.
Certes, il y avait de l’excitation mais ce n’était pas la « fuite en avant » qu’on peut constater de nos jours.
Avec ces voitures d’autrefois, il y avait la joie de s’évader, de profiter du bon temps et de s’émerveiller des beautés de la France.
Mais elles représentaient aussi un accès à plus de liberté de mouvement, un outil pour le travail, une amélioration du quotidien (tout comme l’électroménager à ses débuts).
Aujourd’hui, les gens sont blasés de tout et considère tout comme un acquis et la normalité. Du coup, ils n’apprécient plus vraiment la chance qu’ils ont d’avoir ce confort…
Très joli texte.
Merci pour ce beau partage.
BIsous
Oh tu n’as rien oublié tout est dit avec l’élégance de la simplicité. Autre manière d’utiliser un véhicule ! La DS ont la bichonnait pour la garder intacte longtemps maintenant un véhicule se change comme on change de chemise politique de l’argent et du changement.