196 -La jeune femme à la valise – J.Libert

La jeune femme avançait lentement, mais d’un pas décidé, sa valise à la main, sur le quai d’une petite gare. Le soleil d’une fin d’après midi de printemps reflétait son ombre sur le sol, redessinait sa silhouette fine, élancée, sa jolie tête coiffée d’un chapeau de paille claire.


Derrière elle, les montagnes dressaient leurs pentes sombres autour d’un lac à la surface bleue, immobile, comme un miroir enchâssé au fond de la vallée.

La petite gare était déserte. Pas un voyageur, pas un employé, seulement le grincement d’une enseigne au dessus d’un bâtiment et, de temps en temps, le chant lointain d’un oiseau.

Sabine se retourna une dernière fois inspirant encore cet air pur des sommets. Elle venait de faire une cure médicale de trois semaines dans ce village de montagne ; trois semaines de soins médicaux entrecoupés de balades au bord de l’eau, de lectures sur la terrasse ensoleillée de sa location ; une pause pour oublier la ville, le travail, les responsabilités.


Sur le quai, elle posa sa valise, s’assit sur l’unique banc de bois adossé au mur du bâtiment. Le train devait arriver dans un quart d’heure. Elle ferma les yeux. La liberté des derniers jours s’effaçait doucement mais elle emportait avec elle un calme intérieur que rien , pas même le rythme effréné de la ville, ne pourrait, de sitôt, lui enlever.


Un bruit de cloches résonna soudain dans la vallée. Le train arrivait. La jeune femme se leva, reprit sa valise, regarda le soleil descendre derrière les sommets et déposer sur l’eau des éclats d’or.

Tandis qu’elle s’installait dans le train du retour, celui ci s’enfonça sous la voûte fraîche d’un tunnel plongeant le wagon dans une obscure pénombre avant de jaillir de l’autre côté de la montagne où les lumières de la plaine commençaient déjà à scintiller.


Dehors, le lac s’était effacé mais la quiétude des eaux bleues restait ancrée en elle, solide, inaltérable. Le monde urbain l’attendait quelques arrêts plus loin avec ses tumultes et ses urgences mais Sabine ne le redoutait plus. Elle savait, désormais, qu’il lui suffisait de fermer les yeux pour retrouver le calme des cimes et la lumière d’or sur le quai de la petite gare.

Un commentaire sur « 196 -La jeune femme à la valise – J.Libert »

  1. J’adore !
    Un récit qui correspond totalement à mon état d’esprit par rapport à ce que peuvent apporter quelques jours de vacances bien utilisés à se détendre, à prendre du recul sur les soucis et préoccupations de la vie, y compris les problèmes médicaux.
    L’état d’esprit de Sabine est serein et positif, comme j’aime… et c’est cet état là qui permet d’affronter les vicissitudes que la vie ne manquera pas de semer sur son passage.
    Les vacances permettent aussi de découvrir cet espace intérieur plein de richesse que nous possédons tous en nous-mêmes et de savoir s’en rappeler le moment venu.
    Bravo pour ce très joli texte.
    Amitiés

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