Il n’est pas certain que ce petit lave linge portatif des années 70 soit encore en vente aujourd’hui ou alors comme article de seconde ou même de troisième main. Néanmoins, aurait-il séduit Rosine, jeune mère de famille des années d’après guerre ?..
Son foulard à pois blanc sur fond bleu marine noué en turban sur ses cheveux dorés et les manches de sa longue blouse grise retroussées sur ses bras blancs potelés, Rosine tirait l’eau du puits en amorçant la pompe avec toute la force dont elle était capable. Quand la bassine en zinc ovale était remplie, elle agitait dans l’eau ce qu’elle appelait « une boule de bleu » qui lui donnait la couleur turquoise des mers océanes.
Le linge blanc, lavé, était rincé dans cette eau et prenait une teinte ou plutôt un reflet azuré, sorte d’illusion optique qui ravissait son œil et faisait sa fierté.
Tous les lundis de chaque semaine, Rosine venait rincer son linge au puits en appliquant le même scénario.
Au sortir de la guerre de 40, nombre de maisons ne disposaient pas encore d’eau courante au robinet, encore moins d’eau chaude. Pour l’obtenir, il fallait la faire chauffer, dans une bouilloire ou une casserole, sur la cuisinière à charbon.
On ne connaissait pas non plus les facilités et la liberté qu’allait offrir le lave linge quelques années plus tard. La lessive du lundi était donc un véritable rituel, une institution à laquelle aucune épouse modèle ne dérogeait. Après trois rinçages, le linge essoré, Rosine soulevait la profonde cuvette en terre émaillée qui le contenait et allait l’étendre pour le faire sécher. Les fils à linge étaient situés dans le champ, au delà des écuries dans lesquelles deux chevaux ne dormaient que d’un œil et derrière l’étable où quelques vaches rousses finissaient de ruminer.
Rosine aimait ce parfum campagnard de bouse, de crottin et de foin mélangés. Pour rien au monde elle n’aurait souhaité retourner en ville. Là était désormais sa vie , rustique et libre…
