sujet 196 – du 15 août au 22 août

Après quelques semaines de pause, nous repartons ensemble pour nos aventures écrites. Ce blog que je gère vous appartient j’espère que vous serez encore nombreux à venir.

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cette toile est générée par IA ne cherchez pas son maître.

195 – le rallye / Lilou

Vous cherchez une voiture pour le rallye ? J’ai exactement ce qu’il vous faut !
Le vendeur me désigne fièrement la voiture garée devant le garage.
Je reste un moment silencieux.
— Celle-là ?
— Celle-là même !
Je regarde encore. Une longue carrosserie gris-vert, des phares ronds, des enjoliveurs chromés… Elle semble tout droit sortie d’un vieux film. À côté des bolides modernes, bardés d’électronique, de caméras et de chevaux sous le capot, elle a surtout l’air d’avoir envie de prendre tranquillement sa retraite.
— Vous êtes certain qu’elle peut encore faire un rallye en 2026 ?
Le vendeur sourit.
— Monsieur, vous commettez une erreur classique : vous confondez âge et expérience.
Il ouvre la portière avec la solennité d’un chirurgien présentant son meilleur instrument.
— Regardez-moi cette ligne ! Et cette suspension hydraulique ! Une merveille. Aujourd’hui, les voitures modernes vous préviennent quand vous sortez de votre voie. Celle-ci, elle vous emmène directement où vous voulez aller !
— Mais enfin, elle doit avoir plus de soixante ans !
— Et alors ? Vous croyez que les pilotes regardent leur carte d’identité avant de prendre le départ ?
Il se penche vers moi.
— Cette voiture a déjà fait ses preuves en rallye. Elle a gagné le Monte-Carlo. Elle a affronté la neige, la glace, les routes de montagne… Elle n’a peur de rien.
Je regarde les pneus.
— Même avec ceux-là ?
— Évidemment ! Enfin… avec quelques petites modifications.
— Lesquelles ?
Il hésite une seconde.
— Des pneus.
Silence.
— Des freins, peut-être.
Nouveau silence.
— Et éventuellement… un moteur un peu plus performant.
Je commence à comprendre.
— Donc, si je résume, pour participer au rallye 2026, il faudrait changer les pneus, les freins et le moteur ?
— Pas du tout ! Le moteur, c’est une question de confort.
Il referme le capot avec un sourire satisfait.
— Et puis pensez à l’avantage psychologique.
— Psychologique ?
— Imaginez les autres concurrents. Ils arrivent avec leurs voitures ultramodernes, leurs ordinateurs, leurs suspensions pilotées et leurs dizaines de boutons sur le volant. Et vous, vous arrivez avec ça.
Il tape affectueusement sur le toit.
— Ils vont tellement vous prendre pour un plaisantin qu’ils vont vous laisser passer !
Je regarde une dernière fois la DS.
Après tout… elle a gagné le Monte-Carlo.
Mais c’était en 1959.
— Bon, dis-je, combien vous la vendez ?
Le vendeur sourit.
— Pour vous ? Une affaire. Et je vous offre même le manuel d’entretien.

194 – L’amende à Gran’mère ! – Lothar

Haïku,
« La source »
Entre les deux seaux,
La vieille, courbée sous les ans,
Remonte le chemin.

« Quand on partait sur les chemins, quand on partait de bon matin » … avec la traction avant noire de mon père, la croix de Lorraine fièrement plantée en ligne de mire en avant du capot. On partait pour le cœur de la Bretagne.

On arrivait l’après-midi, on était fatigués, mais heureux de se retrouver en plein désert !

Retrouver les petits chemins creux où s’épanouissaient déjà les primevères, le petit pont de bois qui enjambait la rivière qui courait rapide entre les galets. L’eau si froide mais vivifiante. La forêt profonde, bleutée qui nous enveloppait. Et le petit village, pierre et ardoise, plein de petites vieilles aux visages poilus et aux bisous goulus. Les copines à Grand’mère, mais on ne les approchait pas …

Le soir, Grand’mère cassait de grosses branches sur ses genoux et les jetait à grand bruit dans le feu de cheminée. Les odeurs mêlées de la terre battue, des poutres moisies, des pierres humides et de la fumée de bois vert nous prenaient à la gorge.

Venez les enfants ! Dans la boîte en fer, là … Drelin … Drelin ! J’ai pour vous des friandises bien croustillantes. Hé oui ! Ma Doue beniget ! Avec mon vieux dentier, je ne peux plus croquer les dragées, alors je les suce bien et, toute l’année, je garde les amandes pour vous …

195 -Une voiture iconique – J.Libert

Le garage de Jean Louis sent le vieux cuir, l’huile de moteur et la nostalgie.
Depuis des années, il collectionne et bichonne deux voitures de collection : une Porsche et une Mercedes. Mais il ne semble pas avoir dit son dernier mot. Il rêve toujours d’en acheter une troisième. Malheureusement, faute de place, ce sera sans doute, sa dernière acquisition.
Son garage ressemble à un véritable atelier de professionnel. Les clés à mollettes voisinent soigneusement près des pinces, des tournevis, du vérin hydraulique. Sans doute un atavisme hérité de son enfance : son père tenait un garage dans la région Bordelaise.
Jean Louis participe régulièrement à des défilés de voitures anciennes. À cette occasion, il sort l’un ou l’autre de ses bijoux. Après avoir vérifié leur parfait état de marche, fait reluire chromes et carrosserie, elles sont prêtes pour le grand jour.
C’est ainsi que lors d’une de ces journées, il rencontra Didier, propriétaire d’une Citroën D.S. de1955. Avec sa ligne fluide, sa couleur vert d’eau, elle séduisit immédiatement Jean Louis. Il lui fallait l’essayer. Didier lui tendit les clés. Assis sur la banquette moelleuse, Jean Louis tourna la clé de contact. Le moteur démarra dans un ronronnement régulier. La voiture commença à s’élever lentement du sol, passant d’une position basse et endormie à sa hauteur de route. Jean Louis se sentit flotter et replonger dans une autre époque. Ils prirent le départ*, s’engagèrent bientôt sur des petites routes de campagne pleines de bosses mais l’habitacle restait parfaitement stable : un véritable tapis volant.
La D.S. portait bien son nom. Elle était fascinante. À son passage, même en plein vingt et unième siècle, elle continuait de faire tourner les têtes des passants de tous âges, évocatrice d’élégance, de raffinement, de liberté.
Quitte à s’endetter, Jean Louis avait juré, qu’un jour, il posséderait cette voiture.

195 – Quand on est taillé pour fendre l’air – Katrina

Quand on est taillé pour fendre l’air :
Hiver 1960, Giethoorn surnommée la « Venise du Nord » (Pays Bas), mon père, la petite vingtaine, reçut en cadeau de la part de mon grand-père la DS française légendaire qui le faisait rêver depuis le début de sa production dans les années 50, 1955 pour être précis comme un passionné !
Et merci monsieur Bertoni pour ce design de rêve.
Aujourd’hui c’est une pièce de collection qui trône fièrement sur un bord des canaux de ce village typique du coin. Cette œuvre d’art pour les familiers apporte un charme fou à ce lieu déjà plein de beauté et de caractère. Même par temps maussade où les longs bras fins des arbres dévêtus de leurs apparats frissonnent de ce froid glacial, la présence de la DS juste à côté de la maison où j’ai grandi me renvoie à une époque révolue qui me laisse songeur entre deux espaces-temps.
Mon père me racontait comment pour son plus grand plaisir à l’époque ses greyhounds entraient en compétition avec le lévrier de métal qu’il venait d’acquérir.
Il s’émerveillait de leurs lignes pures et de leurs allures aérodynamiques, de la sensation de voler dans cette fabuleuse machine alors que les enfants du vent avec leurs foulées aériennes semblaient souvent en constante lévitation lorsqu’ils arrivaient à sa hauteur. Vitesse, finesse, noblesse, que de qualificatifs qu’avaient en commun les courbes fluides taillées pour fendre l’air partagées par ces élégants animaux à la silhouette fuselée et cet extraordinaire véhicule au galbe unique.
Leurs courses chaloupées vivant encore dans les souvenirs de mon père se frayaient parfois un chemin jusqu’à mon imaginaire.
Je ne peux en effet qu’imaginer, car lorsque aujourd’hui je m’approche de la voiture d’un peu plus près, je ne peux y observer que mes propres lévriers lovés sur la banquette arrière comme deux gros coussins duveteux aux ronflements sonores.
Les époques se suivent et ne se ressemblent pas ! 😉

194 – Quand la France roulait autrement – Marie Sylvie

La DS avançait comme un souffle sur les routes de la Sarthe.
Chaque matin
Elle quittait Ligron
Glissant entre les haies
Les champs encore bleus de rosée
Pour rejoindre Le Mans.
Mon oncle Daniel y faisait son trajet professionnel
Une centaine de kilomètres par jour
Sans jamais se plaindre :
C’était ainsi
C’était le mouvement naturel de la vie.
La DS ne roulait pas :
Elle flottait.
Elle avalait les kilomètres comme si la route était un tapis déroulé juste pour elle.

À cette époque
La voiture n’était pas une extension de soi
Ni un refuge
Ni un caprice.
Elle était un outil
Un compagnon de travail
Un trait d’union entre la maison et le métier.
On ne lui demandait pas d’être un symbole
Encore moins une preuve sociale.
Elle servait simplement.
Elle accompagnait les hommes dans leurs métiers
Leurs trajets
Leurs responsabilités.

Le week-end
On la laissait se reposer sous le tilleul
Les pneus encore tièdes de la semaine.
Et nous
On prenait le train pour les vacances.
La France était si belle que l’on n’imaginait pas franchir ses frontières.
On se contentait de la regarder
De la traverser doucement
De la respirer.
Les gares étaient des promesses
Les rails des lignes de vie
Les départs des fêtes silencieuses.

Aujourd’hui
Je suis catastrophée de voir les voitures partout
Tout le temps.
Les trajets scolaires malgré la carte scolaire
Comme si marcher était devenu une punition.
Les grands modèles
Parfois luxueux
En vrac devant France Emploi
Moteurs encore chauds pour venir pointer une demande d’emploi.
Les parkings saturés devant des commerces pourtant accessibles en bus ou en tramway.
La voiture n’est plus un outil :
Elle est devenue une habitude
Une armure
Une fuite.
On roule pour éviter de penser
Pour éviter de voir
Pour éviter de sentir.
On roule pour ne pas être en retard à soi-même.

La DS
Elle
Appartenait à un autre monde.
Un monde où l’on savait encore prendre le *départ intelligemment
Où l’on roulait pour une raison
Où l’on roulait pour vivre
Et non pour s’enfermer.
Elle portait en elle une élégance tranquille
Une manière de dire :
《 Je t’emmène …
Mais seulement si tu sais où tu vas. 》

Je revois mon oncle Daniel
Sa main posée sur le volant
Son regard droit devant.
Il ne roulait pas vite.
Il roulait juste.
Il roulait pour travailler
Pour nourrir sa famille
Pour tenir sa place dans le monde.
La DS était son bureau du matin
Son refuge du soir
Son silence entre deux journées.
Elle connaissait chaque virage
Chaque bosse
Chaque odeur de terre mouillée.
Elle était fidèle
Presque vivante.

Et moi
Aujourd’hui
Je regarde les voitures modernes comme des bêtes impatientes.
Elles ne savent plus attendre.
Elles ne savent plus se taire.
Elles ne savent plus ce qu’est une destination qui a du sens.

La DS elle savait.
Elle savait tout cela.
Elle savait l’époque où l’on roulait autrement.

195 – La déesse de Lucien / An Maï

Sur le ponton, la DS est prête, lavée à l’eau de la rivière, astiquée. Plus qu’à y ranger nos valises. Demain c’est le grand départ vers la Bretagne, pour notre annuel séjour d’été dans le Morbihan. Là bas, nous retrouverons mes parents mais aussi ma sœur aînée, Camille, Yvon Le Bihan, mon beau-frère, Marie, Daniel, et François, leurs enfants. Nous partons à cinq avec l’arrivée dans la famille Dubrac, du petit Michel né le 11 Mars. Ce bébé adorable et tant espéré après deux fausses couches successives, a été très bien accueilli par Claude 6 ans, Annick 5 ans et Pierre 3 ans, ses deux frères et sa sœur, tellement heureuse de rester la seule fille de la fratrie. Michel est donc de loin l’évènement le plus important de cette année 1955. Mais ce n’est pas le seul. Et le second n’a pas été sans provoquer quelques remous dans notre couple.

Jusqu’alors, nous nous casions tous sans problème, ou presque, dans notre vénérable Renault 4CV, laquelle selon moi, avait encore de beaux jours devant elle. Je me disais qu’exceptionnellement, j’aurais pu monter à l’arrière avec Annick et Pierre, le bébé bien calé sur mes genoux et si mon cher Lucien tiquait un peu, il acceptait néanmoins l’idée. Quand à Claude, notre aîné de 6 ans, il se rengorgeait déjà à l’idée de monter devant, comme un grand, à côté de son papa.

– Tu seras sage hein mon loupiot ! Lui a fait promettre mon mari. Je n’aimerais pas avoir à m’énerver après toi au lieu de surveiller la route ! Je ne voudrais surtout pas être obligé de te laisser à la ferme de pépé et mémé Dubrac

– Juré craché papa ! A promis le gamin en joignant le geste à la parole !

Je sais qu’il aurait tenu parole. même s’il adore ses grands-parents de Normandie. Mais les vacances chez pépé et mémé Le Quellec avec tata Camille, tonton Yvon et les cousins, c’est sacré ! Pas question de les gâcher d’avance en mettant papa en colère pendant le trajet. Ça, c’était il y a deux mois ! Eh oui, chez nous les vacances ça ne se prépare pas à la dernière minute C’est qu’il y a tellement de détails à régler pour un voyage de plus de 400 kms en voiture !
C’est à peine trois jours après cette discussion qu’un autre événement d’importance est venu bousculer nos habituels préparatifs. Lucien a acheté un billet de loterie et gagné le gros lot :
un million ! J’ai failli tomber dans les pommes sous le coup de l’émotion puis très vite j’ai réfléchi à tout ce qu’on allait pouvoir faire avec tant de sous ! Et là, voilà que Lucien me lance ; -Simone, on va changer de voiture, On va avoir une DS ! T’imagines quand on va débarquer en Bretagne avec une Déesse ! Yvon va en crever de jalousie !

-Tu es fou mon Lulu ! Tu sais ce qu’elle coûte cette bagnole. Plus de 200 000 francs !

– 230 000 ma chérie ! On peut se le permettre !

– La Renault roule encore bien ! Que fais-tu de notre projet d’agrandissement de la maison ? Avec cette somme, on pourrait même en acheter une où les enfants auraient chacun leur chambre ! A quoi ça te sert de vouloir épater Yvon ? Il faut arrêter avec ces gamineries Lucien !

– Il n’y a pas que ça Simone ! Avec Michel en plus, le voyage risque d’être très fatigant pour toi La DS est plus large et confortable ! On pourra mettre un moïse pour Michou à l’arrière. Cest tout de même mieux pour lui comme pour toi non ?

– On ne l’aura pas à temps pour partir ta foutue DS !

– Euhhh C’est à dire que je l’avais déjà commandée tu vois ! Elle est disponible, y a plus qu’à aller la chercher !

– Tu avais fait ça dans mon dos ? Et avec quels sous tu allais la payer hein ?

– A crédit tiens ! Comme tout le monde !

-Tout le monde comme tu dis, ne s’achète pas une voiture de luxe du jour au lendemain ! A crédit ! Non mais tu te rends compte !

– Le problème ne se pose plus pas vrai ? Et il restera assez pour ta maison plus grande. J’en ai une en vue pas loin d’ici. Le proprio est mort et ses enfants vendent ! J’ai mis une grosse option dessus. On va la voir ensemble demain si tu veux ! Et si elle te plaît, elle est à nous ! On pourra y emménager après les vacances !

Tu décides de tout, comme d’habitude ! Tu te prends pour un nabab maintenant ? Voiture neuve, maison… C’est quoi ta prochaine lubie ? Un cheval de course peut-être ?

-Pourquoi pas ?

– Tu me fatigues Lucien ! Tu te fous de moi là ?

– Un peu ma chérie ! Allez, arrête de m’engueuler et vois les choses du bon côté pour une fois ! Ça fait des année que j’économise pour qu’on vive mieux, alors ce million, c’est une chance inespérée. Du coup, mes économies, on n’y touche pas ! Ce sera notre poire pour la soif. Bien sûr, on n’est pas devenus riches mais on va respirer plus à l’aise ! Et Yvon bavera devant ma Déesse !

Je me suis calmée et j’ai fini par me ranger à ses arguments ! J’avoue que je suis plus pragmatique que mon Lulu et qu’après des années à compter chaque centimes de sa paye, j’ai beaucoup de mal à voir les choses du bon côté comme il dit !

Finalement rassurée, demain je m’installerai telle une reine dans son carrosse, sur le siège passager de la Déesse, à côté de Monsieur le Président, comme je l’appelle maintenant en me moquant gentiment de lui. Nous démarrerons sous le regard envieux de Raymond et Marie-Jeanne, nos chers voisins qui, il y a peu de temps encore se pavanaient dans leur grosse Traction noire en regardant notre « petite » voiture avec mépris.. Nul doute qu’ils ne tarderons pas à acquérir une DS eux aussi.

194 – le départ en déesse – Laura

Déesse, oh ma DS
Ne touchez pas à ma déesse
Je veux bien partir
Pour toujours
En DS
J’ai du voir ou apercevoir
« Zazie dans le métro »
Où apparaît une DS
Zazie, ce Bleu
Que Johnny connaissait?
Excusez cette digression
De Coupe du Monde
Je n’ai pas trouvé de DS
Dans l’art
Alors qu’il y a beaucoup déesses
Souvent impudiques sous nos regards
Notre représentation du monde
N’a pas non plus fait de la DS
Aux courbes rondes
Un objet poétique?
Déesse, oh ma DS
Ne touchez pas à ma déesse
Je veux bien partir
Pour toujours
En DS 1